Pourquoi ?


Thé

 

Quel est votre idéal du conteur ?

UN, le chiffre de l' Unité
ou
le conteur et lui-même

pouvoir dire quand il n'y a plus rien à dire
réinventer, redonner vie.

DEUX, le chiffre de la Dualité apprivoisée
ou le conteur et le conte.

Que la parole émerge, n'importe où
n'importe quand et sculpte le silence
ou épure le trop plein.

TROIS, le chiffre parfait de l'Équilibre,
ou
le conteur, le conte et le public en harmonie.

Enchanter un public qui se moque de vos histoires
prolonger l'instant éphémère indéfiniment
pour ne former qu'UN souffle.

UN, le chiffre de l'Unité
etc...

La revue du conteur « dans le vivier du conte » n°8


Pourquoi racontez-vous ?

….parce que c'est à la source vive de la Parole que s'écoutent et se découvrent les hommes. Son cours intarissable charrie, emmêle, entraîne, à travers les temps, les lieux, notre puissante mémoire.

Fabuleuse souvenance aux saveurs multiples sans cesse réinventées : saveur fruitée de l'exotisme, douce saveur de miel des royaumes enchantés, étrangeté épicée et poivrée des nuits d'Orient, amertume des regrets, fiel des félons, sels des mers profondes, saveurs sucrées des fées et des princesses, poisons mortels des sorciers et des mages, élixirs de jouvence, lait de toutes les tendresses, eaux de longue vie, saveurs subtiles et rares aux alliances inconnues et surprenantes et mille autres encore.

Récits d'hier et d'aujourd'hui mon appétit insatiable se grise de mots, de vents et d'écumes des jours passants.

Pourquoi racontez-vous ?

Pour cette complicité gourmande à déguster ensemble, conteur et auditeurs.

Pourquoi racontez-vous ?

Peut-être aussi parce qu'est revenu le temps des trésors oubliés…

À l'ère des réponses binaires, des images informatiques ou télévisées « prémâchées » prêtes à consommer, manichéennes jusqu'à l'absurde, on redécouvre les mots des mondes à rêver ou à naître et leur pouvoir. Volutes impalpables et excitantes qui ensorcellent, enchaînent et libèrent.
Oui, il est des mots magiques, qui à peine entendus nous rendent méfiants ou bien confiants. Des mots qui ouvrent des portes et en referment d'autres, des mots qui vous clouent au sol les yeux écarquillés et les oreilles aux aguets.
Des mots qui enchantent les cœurs, sont comme des soupirs ou des pleurs des mots qui tintent comme mille clochettes de rire, qui claquent comme des sabots d'un cheval au galop. Tous de la même famille, ils sont poètes, rêveurs ou cauchemars ambulants, ce sont les mots du conte.

À moi, conteuse, ce plaisir grisant, jubilatoire d'être cette voix qui perpétue, toute en force, en grâce et en fragilité. Éphémère et si puissante...

Les contes, ces trésors oubliés, à jamais rebelles et séducteurs impénitents viennent à nouveau hanter nos esprits et nos cœurs, nous révélant tels qu'en nous-mêmes.

Pourquoi racontez-vous ?

Pour exister tout simplement, pour eux, pour vous, pour moi...

et au silence de ma voix, succéderont d'autres paroles, d'autres cris, d'autres chants, d'autres échos ; le conte est éternel.

La revue du conteur « dans le vivier du conte » n°4